• Jean Cocteau, le poète au passé ambigu

    Jean Cocteau, le poète nazi

    Jean COCTEAU était-il un nostalgique du Troisième Reich, d'Adolf HITLER, des bruits de bottes et des défilés nazis parisiens de l'occupation parisienne ?

    Que d'interrogations qui continuent toujours à captiver les curieux ! Après les accusations portées contre lui par certains résistants pour lesquels il était indéniable qu'il avait collaboré avec l'occupant, ces questions restent d'actualité. Il faut dire qu'une partie du passé du grand poète est à cet égard mystérieuse et son attitude laisse parfois la place au malentendu. Si l'on s'en tient par exemple à ses créations, il est vrai que son Son Aigle à deux têtes, sorti sur les écrans en 1948, interpelle. Pire, en 1943 déjà, le poète servait l’imagerie nazie dans l’Éternel Retour. Reconnu être bissexuel avant de devenir ouvertement homosexuel, il avait fait de son amant, l'acteur Jean MARAIS un jeune garçon élancé dont les cheveux blonds d'archange exterminateur faisait de lui un véritable modèle aryen. On dira même qu'avec ses bottes de cuir, il ressemblait plus à un héros wagnérien ou à un SS qu’à un chevalier du Moyen-Âge. COCTEAU avait, c'est vrai aussi, prêté sa plume à l’hebdomadaire collaborationniste La Gerbe, dirigé par son proche ami, Alphonse de CHATEAUBRIANT. Une publication où il avait lancé un appel discutable à la jeunesse pour les inciter à participer à un nouvel ordre européen. Qu'entendait-il donc par nouvel ordre et y incluait-il les nazis ? De CHATEAUBRIANT ne fera pas de vieux os en France, une fois l'heure de la Libération venue et le poète ira le visiter dans son ermitage autrichien. Le poète portait également dans son cœur Arno BREKER, le sculpteur officiel du Fürher, à qui la porte de son appartement était grand ouverte pendant la guerre. Lors de l’inauguration de son exposition à l’Orangerie, COCTEAU publiera un « Salut à Breker » qui lui sera par ailleurs beaucoup reproché, notamment par son ami ELUARD. En 1941, la décision du préfet de police d'interdire l'une de ses pièces : La machine à écrire sera annulée par l'antenne française de la Propaganda Abteilung de Joseph GOEBBELS, soucieuse de ne pas trop museler la muse française. Une pièce qui, pourtant, mettait en cause la délation et qui avait fait l'objet de critiques des milieux de la collaboration. Il semble aussi que son goût pour les très jeunes éphèbes et les jeunes gens pleins de santé comme les poulains de sa grande amie Edith PIAF avait aidé à ce qu'il soit détesté par le régime collaborationniste de Vichy et de gens comme REBATET, BRASILLACH et CELINE farouchement opposés à l'homosexualité. Dans Je suis partout, REBATET écrira à propos de COCTEAU : « Nous ne pouvons plus que mépriser Cocteau, le truqueur, l’énervé, le cuisinier de l’équivoque, des artifices les plus soufflés et les plus écoeurants (…). Il est responsable de tout ce qu’il a cassé et flétri, du cortège de jobards mondains, de pédérastes, de douairières excitées qui gloussaient au génie derrière ses pas (…). De palinodies en mensonges, de tarabiscotages en turlupinades, il a touché le bas de la pente ». Reste qu'en 1944, à la Libération, le 23 novembre, il sera rapidement acquitté par le Comité national du cinéma. Peut-être parce qu'on n'y avait retenu que ses bonnes actions. Max JACOB arrêté, COCTEAU avait en effet sonné à toutes les portes susceptibles de pouvoir apporter un secours et le faire libérer de Drancy où il mourra, et il dira s’être offert à la Gestapo pour prendre sa place. D'ailleurs, si son père, Georges COCTEAU, était un antisémite notoire, lui ne l'était pas.

    Certains ont dit que COCTEAU avait tout vécu, les vertiges mondains comme l’illusion que la guerre aurait pu être jolie, les imprudences avec l’occupant allemand aussi... Car il lui arrivait de se compromettre en acceptant de dîner en compagnie de gens comme l'ambassadeur allemand Otto ABETZ ou le ministre nazi Albert SPEER par goût pour la nouveauté en étant toujours insaisissable, et jamais là où on l'attendait. Sans doute pour entretenir la protection officielle d'Ernst JUNGER, l'officier chargé de la censure à l'Etat-Major de la Wermacht à Paris, protection dont il bénéficiait. Lorsque le chef de la censure allemande proposera à COCTEAU, en 1943, de monter Le Prince de Hombourg de KLEIST avec Jean MARAIS dans le rôle principal, il refusera, mais son refus passera inaperçu alors qu'une photo prise avec Zarah LEANDER, la star suédoise du cinéma nazi en tournée à Paris sera exploitée pour le vilipender. Il est vrai que les nazis avaient tenté en arrivant à Paris d'abord de séduire avant, dès l'été 1942 de réprimer et d'assassiner, cherchant à rassurer et à flatter en faisant, dans un premier temps, grand cas de la culture française. A tel point que les autorités d’occupation, moins rigides que celles de Vichy, autoriseront même aux Parisiens certaines expositions et certains films qui n'auraient jamais pu être montrés à Berlin. Les jazz-bands noirs continuaient de se produire dans les boîtes de Pigalle, malgré les critiques orientées d'organes comme le Je suis partout d'HENRIOT contre une musique négro-judéo-américaine. Peut-être aussi avec l'idée que la France pourrirait dans sa décadence, ce qui était le voeu le plus cher d'HITLER. COCTEAU et MARAIS deviendront en 1941 les cibles favorites des militants du PPF de DORIOT et le 27 août 1943, le poète et cinéaste sera hué et tabassé près de la place de la Concorde par des éléments de la Légion des volontaires français.

    Longtemps après ces journées peu glorieuses mettant en cause sa probité, apprenant la disparition d'Edith PIAF en novembre 1963, pris d'un étouffement, il s'éteindra quelques instants plus tard d'une crise cardiaque.

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