• Billet d’humeur d'un ancien artisan de Dordogne

    Que nous enseignait-on de plus qu’aujourd’hui en 1957, qui permettait à un travailleur manuel de quitter l’école à 14 ans avec un CAP en poche, de devenir un ouvrier qualifié à 17, et d’être en mesure de réussir en se servant de tout ce que nos instituteurs nous avaient enseigné ? Et par quel miracle, en travaillant comme artisan ou commerçant, étions-nous en mesure de devenir nos propres employeurs ? On pourrait se poser la question quand on voit ce que tout est devenu en soixante ans !

    Le début des crises à répétition, et nous en avons subi quelques-unes, a perturbé notre univers entre 1970 et 1980. Grâce aussi à des enseignants dispensant des cours obligatoires en dehors des heures travaillées en entreprise. Ce qui a aggravé la situation de beaucoup et qui a été à l’origine du remplacement des vrais enseignants issus du monde du travail par des responsables artisans dont le but était d’exploiter leurs semblables en se rendant indispensables. Une véritable manne pour l’éducation nationale avec, en bout de course, le sentiment d’avoir affaire aujourd’hui à un véritable élevage de poulets en batterie !

    Conséquence première : jusqu’à dix enseignants par an intervenant dans le débat pour former les moins de 22 ans et jusqu’à quatre-vingt enseignants pour dispenser un enseignement professionnel et apprendre un métier à un artisan en devenir, que même un très jeune enfant aurait été en mesure de singer sans prendre le moindre cours, et seulement en l’observant ou en imaginant ce que son activité recoupe ! Il m’est d’ailleurs arrivé de rencontrer sur des chantiers des « salariés fainéants » qui sont, par ce tour de magie, devenus des enseignants d’Etat !

    Voulez-vous que je vous dise : l’on ne s’y serait pas pris autrement si on avait osé faire passer nos enfants et les plus jeunes pour des demeurés ! Sans doute aussi a-t-on voulu réduire le nombre de demandeurs d’emploi, sans penser un seul instant aux investissements qui sont à la charge de l’Etat comme les locaux, les outils, les réfectoire et dortoir, le transport, et les allocations versées à la place du salaire que l’apprenti était censé recevoir s’il avait travaillé normalement.

    Entre toutes les obligations liées à la mafia RSI, c’est pour cela que la majeure partie des vingt apprentis que j’ai formés croulent sous le poids de charges auxquelles ils ont dû faire face une fois installés, devenant eux aussi, et par la force des choses, de véritables fonctionnaires gagnant bien moins qu’un éboueur dont le seul talent est de remuer le PQ des autres, d’une benne à l’autre !

    Dans un article récent, le média CAPITAL évoquait la présence de 48 600 organismes de formation recensés ! C’est dire ! En Dordogne, il y aurait même, à Périgueux ou à Trélissac, des cadres qui se pistonnent entre eux pour avoir une part du gâteau ! Et ceux qui auraient dû être à leur place sont forcément devenus des chômeurs.

    En étant apprenti, on enrichit le patron qui passerait même pour être un exploiteur ! Mais oui ! L’apprenti est rentable, même en étant payé et sans aide de l’Etat, puisque j’ai pu former plus de vingt tapissiers décorateurs qui j’ai aidé ensuite à s’installer, le salarié coûtant trop cher en acquis sociaux superfétatoires. D’ailleurs, je me suis efforcé de remplacer ces nouveaux artisans par d’autres arrivants. Mais, je dirais que je ne me suis jamais laissé spolier par la mafia retraite et tous les autres artifices compliquant une gestion qui n’a d’autre objectif que de mettre le grappin sur les indépendants.

    Il est grandement temps que nous revenions, comme dans le dictionnaire, à une définition de l’indépendant telle qu’on l’entendait durant les Trente glorieuses !

    Daniel MERCIER, Tapissier-Décorateur à Coursac (24430) 8, route des Meynichoux. Tél : 06 59 28 22 73


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