• La rafle manquée de Nancy du 19 juillet 1942

    La rafle manquée de Nancy du 20 juillet 1942

    C'était il y a un peu plus de soixante-dix-huit ans... Après la rafle du Vel d'Hiv opérée à Paris le 16 juillet 1942 devait avoir lieu une autre rafle prévue pour le dimanche 19 juillet, cette fois-ci à Nancy qui visait les Juifs étrangers ou apatrides émigrés pour la plupart de Pologne, de Lituanie, de Roumanie et de Hongrie. Cette nouvelle rafle faisait partie d'une opération plus vaste organisée par l'Allemagne nazie, visant à déporter un maximum de Juifs des territoires occupés de l'Ouest de l'Europe qui avaient pu trouver à se réfugier en France, cela avec le concours de notre gouvernement de collaboration. La France avait en effet prévu de livrer 110 000 Juifs aux nazis dans la seule année 1942. Mais grâce au chef du service des étrangers du commissariat central de Nancy, un certain Edouard VIGNERON et à son adjoint Pierre MARIE, leurs cinq hommes purent lancer une vaste opération permettant le sauvetage de plus de 350 des 385 Juifs menacés par ladite rafle. Mettre en échec une rafle et échapper ensuite aux représailles n’ont pas été choses courantes dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. D'autant que cet acte de résistance ne fut pas accompli par un homme isolé, ni un réseau, mais par un service de police au grand complet. Edouard, âgé de près de soixante ans au moment de ces événements, avait une longue expérience de "ses" administrés et ils avaient tous choisi de leur faire confiance, de leur prodiguer des conseils afin qu'ils évitent bien des tracasseries. Mais 32 seront néanmoins arrêtés.

    La rafle manquée de Nancy du 20 juillet 1942Le 16 juillet 1942, le téléphone retentit au Service des étrangers. Un dénommé PICK Pierre souhaite parler à Pierre MARIE, en personne. Juif nancéien, il se trouve à Paris et vient d’avoir vent de la rafle qui s’y déroule depuis l'aube. Pierre MARIE en accord avec Edouard VIGNERON réunit ses collègues et d’un commun accord les « sept » décident de se tenir prêt à intervenir si la même chose à lieu à Nancy. La menace ne tarde pas à venir et le 18 juillet, les policiers apprennent la décision des Allemands de rafler également les Juifs étrangers de leur ville dès le lendemain 19 au matin. Les « sept » n’hésiteront pas une seule seconde. Ils feront aussitôt fuir tous ceux qui étaient menacés ou qu'ils connaissaient en leur remettant des faux papiers, n'hésitant pas à les faire accompagner à la gare et à leur faire remettre tickets et laissez-passer pour qu'ils atteignent la zone encore libre dans le sud du pays. A l'inverse de leurs trop nombreux collègues parisiens qui avaient lâchement collaboré avec les nazis, des policiers iront même jusqu'à abriter chez eux des Juifs menacés. Au matin du lundi, les Allemands ne trouveront que peu de ressortissants juifs qu'ils pourront embarquer pour la déportation et ils réagiront violemment. Cet acte sera d'ailleurs reproché à Edouard VIGNERON qui, une fois démasqué, sera démis de ses fonctions de Chef de service et arrêté par la Gestapo le 19 août 1942. Il sera ensuite incarcéré à Fresnes. Cerise sur le gâteau, ce sauvetage a longtemps continué à être ignoré, peut-être parce que, selon l'un des protagonistes Pierre MARIE, il y avait eu là un acte de désobéissance. 

    Patrick VOLSON s'est inspiré de ces faits on ne peut plus authentiques, pour réaliser en 2006 une fiction de 1h45 : "Le temps de la désobéissance" qui a décroché le Prix du meilleur scénario et le Grand Prix de la fiction au Festival international du film de télévision de Luchon (ci-dessous). Rien n'a été laissé de côté dans ce film ! Messages de délation postés par de "bons Français", rivalités policières au sein de la municipalité entre ceux qui étaient chargés des questions juives et les autres, ceux, plus fréquentables qui étaient chargés de la protection des Nancéens, qu'ils aient été Juifs ou pas... Tout est résumé dans cette excellente évocation qui met en scène les aspects abjects de l'être humain comme les plus vils ! Daniel RUSSO et Martin LAMOTTE y sont éblouissants !

    En 1991, Edouard VIGNERON se verra remettre une reconnaissance, celle des Justes !

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