• Kurt Lischka... le SS passe-murailles

    Kurt Lischka... le SS passe-muraillesNé en 1909 à Breslau (Silésie), l'ancien chef de la police de la sûreté parisienne et chef du service juif de la Gestapo du Reich en 1938, Kurt LISCHKA (ci-contre) reste l’un des principaux responsables de la persécution antijuive en France. Pire, celui auquel on doit la rafle du Vel d’Hiv du 15 juillet 1942. 

    Après avoir suivi des études de droit, cet homme sans âme aura sans doute été rattrapé par son envie folle de réussir dès 1933 et son entrée dans la SS. Rejoignant deux ans plus tard la Gestapo, il y deviendra très vite directeur de la Reichszentrale pour l'émigration des Juifs puis en 1940 chef de la police nazie dans le secteur de Paris. Placé sous les ordres de Helmut KNOCHEN, ce lieutenant-colonel SS sera l'auteur des pires abominations qui soient. En juin, il avait déjà procédé à la première arrestation en masse de 2 000 à 3 000 Juifs allemands, qu’il fera emprisonner à Buchenwald et à Sachsenhausen. 10% d'entre eux en mourront au cours des deux premiers mois. En octobre 1938, c’est encore lui qui sera l'auteur de la déportation de 20 000 Juifs vers la frontière polonaise. Avant que LISCHKA s'illustre au cours de la nuit du 9 au 10 novembre 1938, devenue tristement célèbre sous le nom de Nuit de Cristal.

    En conclusion et en dehors de ces premières contributions marquantes, disons que la Gestapo parisienne, c’était LISCHKA, que les interrogatoires de la rue des Saussaies, c’était LISCHKA et que les grandes rafles de Juifs c’était encore lui. Des documents retrouvés montrent qu'il a dirigé avec un soin méticuleux et une certaine perversité l’activité des services dont il était responsable. Il était donc parfaitement au courant de l’extermination des Juifs à l’Est et il aurait pu être poursuivi pour crimes contre l'humanité. Pourtant, tout comme SPEER, il réussira à passer entre les mailles du filet puisqu'il échappera même aux poursuites du Tribunal de Nuremberg en 1946, alors qu'il aurait mérité la corde comme la très grande majorité des autres dignitaires nazis. Arrêté le 10 Décembre 1945, il sera interné dans un camp anglo-français, avant d'être extradé vers la Tchécoslovaquie en 1947 compte tenu de ses activités en République tchèque au cours des dernières années de la guerre. De retour en Allemagne en août 1950, il sera jugé la même année par contumace par un tribunal français et condamné à la réclusion à perpétuité pour son rôle pendant la guerre dans la France occupée. Jamais inquiété en Allemagne, il deviendra même directeur financier au de la société Krücken de Cologne où il aura à veiller à un parfait acheminement de ce qui était livré, comme il le faisait chez les nazis avec des wagons remplis d'êtres sans défense. "Nous étions indignés, dira Serge KLARSFELD, que des nazis comme LISCHKA puissent vivre en toute impunité en Allemagne en y occupant même des fonctions importantes !" Localisé par Serge et Beate KLARSFELD dans les années 70, ceux-ci tenteront de l'enlever tentant le 22 mars un véritable coup de force avec deux amis : enlever l'ancien tortionnaire nazi pour le ramener en France où il avait été condamné par contumace pour qu'il y purge sa peine. L’opération échouera, mais le couple en profitera pour attirer l’attention sur leur tentative, diffuser leur dossier et obtenir des articles de presse allemande. Beate ira même jusqu’à s’inviter chez le procureur qui, refusant d’arrêter LISCHKA, fera arrêter et inculper son accusatrice pour déficience mentale. Il est vrai que le ridicule n'a jamais tué ! Libérée, Beate KLARSFELD médiatisera son combat. Jugée à Cologne au début de l’été, elle sera condamnée à deux mois de prison, une peine dont elle sera exonérée. Son combat ne sera cependant pas vain puisqu'il contribuera à la ratification par l’Allemagne Fédérale de l’époque d’une convention judiciaire franco-allemande qui permettra enfin de voir Kurt LISCHKA jugé à Cologne en 1979-1980 et condamné à dix ans de prison, en même temps que deux autres cadres SS, HAGEN et HEINRICHSOHN. Libéré en 1985, le tortionnaire nazi mourra en 1987 à Brühl.

    Le reportage qui suit, réalisé pour HISTORIA revient sur cette traque et son dénouement heureux.


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