• Wilhelm Canaris, héros ou conspirateur de l'ombre ?

    Wilhelm Canaris, l'homme de l'ombre

    L'amiral Wilhelm CANARIS, responsable de l'Abwehr, le service de renseignement nazi, a longtemps été considéré comme l'une des têtes pensantes du contre-espionnage allemand. Avant, sur la fin de la guerre, d'être désavoué par un Führer qui le soupçonnait de comploter dans l'ombre contre lui.

    D'abord officier de marine au cours de la première guerre mondiale, ce sont ses pérégrinations en terre étrangère qui l'avaient l'incité à jeter très vite les bases d'une intelligence, propre à permettre à l'Allemagne de disposer d'informations de première main. Beau parleur, distingué et polyglotte capable de maîtriser cinq langues, CANARIS, profondément anticommuniste et très attaché à son pays, disposait de toutes les armes pour y parvenir grâce à son envie permanente de découvrir les gens et d'approfondir ses connaissances. Rallié à un groupuscule réactionnaire au début des années vingt, il fera d'abord évader le meurtrier de Rosa LUXEMBOURG avant de rencontrer un dénommé Reinhardt HEYDRICH sur le point de quitter la marine après avoir été compromis dans un scandale. En 1932, ce qui restera de son sens de l'ordre sera capté par les projets grandioses d'un certain Adolf HITLER et, comme d'autres, il sera aussitôt sensible aux théories du national-socialisme. Une épouse distante, Erika et deux filles dont il s'était éloigné peu à peu, tout poussait Wilhelm CANARIS à trouver une mission captivante. Cette mission, ce sera l'Abwehr en janvier 1935 alors qu'il venait d'avoir 47 ans. Hostile à la politique raciale du Reich et opposé dès 1938 aux visées hégémoniques d'Adolf HITLER, notamment après l'annexion de l'Autriche, fragilisé par le désastre de Stalingrad suivi par un entêtement condamnable du dictateur nazi, celui que ses collaborateurs surnommaient "le vieux" sera démis de ses fonctions et cantonné à d'autres responsabilités. Son refus de voir ses services coiffés par la Gestapo et le S.D de son ancien ami HEYDRICH le verront entrer en opposition avec ce dernier et il est admis que cela ait pu jouer un rôle dans sa destitution. Jusqu'à en faire l'un des partisans de l'attentat de juillet 1944 perpétré par un certain Klaud von STAUFFENBERG, un attentat qu'il n'approuvait pourtant pas. Considéré cependant comme l'un des instigateurs de celui-ci, il sera emprisonné et, après un simulacre de procès, pendu le 9 avril 1945 au camp de Flossenburg. Il lui avait été proposé de mettre fin à ses jours, ce qu'il refusera, assumant jusqu'au bout ses divergences avec un Troisième Reich dont il s'était éloigné au fil des années. Parce qu'il fallait en haut-lieu que l'on se fabrique des responsables à ce qui arrivait de fâcheux à l'Allemagne. Certains chercheurs sont convaincus que grâce à lui, les nazis n'auront pu mettre au point la bombe atomique qu'ils avaient déjà en projet, parce qu'il n'avait pas voulu leur communiquer les plans d'élaboration de celle-ci.

    Le célèbre et regretté Alain DECAUX revenait, voici déjà quelques années, sur cet amiral CANARIS dont le profil et la disparition continuent de passionner bien des chercheurs et historiens. Peut-être aussi parce qu'on a jamais su qui était réellement cet homme adepte du double jeu qui ne se passionnait plus à la fin de son existence que pour ses deux teckels. En 1996, il sera réhabilité à titre posthume et lavé des accusations de haute trahison qui avaient été prononcées contre lui et utilisées par les nazis pour le destituer. D'autres recherches font aujourd'hui état du rôle éminent qu'il a joué dans le sauvetage de plusieurs centaines de Juifs, ce qui cadre assez bien avec le profil de cet homme peu enclin à la barbarie qui avait mis un terme à son amitié avec HEYDRICH parce qu'il le considérait comme un "fanatique barbare".


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