• Lydie Bastien, la femelle diabolique du Caluire de 1943...

    Lydie Bastien, la femelle diabolique de CaluireSi on l'a parfois considérée comme une femme qui "aurait" travaillé pour les Allemands durant la dernière guerre, l'implication de Lydie BASTIEN a cependant fini par être démontrée. Mais ce qui est aussi une certitude, c'est qu'elle aura longtemps réussi à duper tout le monde, parvenant à s'en tirer à chaque fois afin de poursuivre sa longue route de perverse destructrice autour d'elle. C'est le journaliste Pierre PEAN qui aurait apparemment élucidé un mystère vieux de cinquante ans en livrant dans un ouvrage de précieuses données sur ce personnage pour le moins inquiétant mais sans pour autant convaincre la plupart des historiens. Harry STENGRITT, l'adjoint du nazi Klaus BARBIE dont Lydie était la maîtresse et qu'elle trouvait beau et séduisant avait en effet chargé celle-ci de séduire le résistant René HARDY dont ils avaient une idée assez exacte des responsabilités, afin que les Allemands puissent se procurer de quoi arrêter rapidement les principaux responsables de la Résistance française. Une mission dont elle s'acquit-tera fort bien si l'on en juge le nombre de ceux qui seront emprisonnés, déportés ou... tués. Comme une autre créature fatale, cette "beauté luciférienne" baptisée ainsi par l'un de ses autres amants, le prêtre défroqué Ernest GENGENBACH, collectionnera du reste de multiples aventures avec des hommes riches et puissants.

    Elle ne fera de ce pauvre HARDY qu'une bouchée de pain en l'abordant dans un lieu (la brasserie des Archers à Lyon) où le résistant avait ses petites habitudes, apprenant rapidement l'existence de ce Jean MOULIN que l'on appelait Max, ainsi que les violents conflits qui l'opposaient au mouvement Combat d'Henri FRENAY. Un homme qui reprochait à l'ancien préfet de vouloir confisquer le mouvement de Résistance au seul profit du général de GAULLE. En charge de certaines boîtes aux lettres utilisées par la Résistance, et avec l'aide des nazis, elle récupérera le message du rendez-vous de René HARDY avec le général DELESTRAINT, qu'elle transmettra à BARBIE. C'est d'ailleurs elle qui s'occupera de réserver pour lui un billet de train dans un wagon couchettes à destination de Paris. « Ce couillon pensait, dira t-elle dans ses confessions, que nous allions voyager ensemble et pour être sûre qu'il partirait vraiment, j'ai dû le conduire moi-même à la gare en taxi. C'était une chique molle qui était à ma merci ». Et c'est encore elle qui convaincra son amoureux transi qu'elle trouvait pourtant trop docile, de se rendre à Caluire chez le docteur DUGOUJON, même sans y avoir été invité, organisant sa fuite auprès de BARBIE qui ne révélera rien lors de son procès de 1987 à Lyon. Bien entendu, son amant cheminot ne saura rien de toutes ces manipulations, même après avoir été arrêté à bord du train par les deux nazis MULTON et MOOG. Pour BARBIE, ce HARDY c'était une prise de choix qu'il mettra même dans l'obligation d'informer régulièrement la Gestapo des faits et gestes de ses compagnons résistants. Faute de quoi, les SS s'en seraient pris à sa fiancée Lydie, ou aux parents de cette dernière. Tombé follement amoureux de cette jouvencelle de vingt ans toujours bien vêtue et bien mise René parlera donc, collaborant avec les nazis sans savoir de quel bois était réellement fait la demoiselle.

    Il serait impossible d'oublier le visage de cette femme qui, en 1947, à vingt-cinq ans et au moment du premier procès de René HARDY (photo ci-dessus), faisait bien plus que son âge. Avec son ovale de madone et ses traits de gitane, elle avait tout de la femme fatale, ce qui n'apparaît pas forcément sur la photo de l'ouvrage que lui a consacré le journaliste Pierre PEAN où l'on devine plutôt une gamine un peu nunuche qu'une femme rompue à tous les artifices. D'après ce qui a pu être précisé, c'est là encore une castration parentale du côté de sa mère qui serait la cause de ce profil de perverse que Lydie, "le petit lapin bleu de Papa" s'est plu à afficher durant son existence. Une mère qui était, semble-t-il jalouse de ce père que la petite adorait et qui le lui rendait bien. La gamine, mise en pension dans une institution religieuse au Mans, concevra envers cette mère castratrice une haine qui ne s'éteindra jamais et, dès son adolescence elle apparaîtra sous les traits d'une fille délurée recherchant à tout prix une liaison comme pour se délivrer d'un carcan familial pesant. Classée comme une anticommuniste notoire et une antisémite convaincue, elle deviendra même profondément anticléricale conservant de son passage chez les bonnes soeurs du couvent sarthois le souvenir d'un diktat imposé. Se croyant doté de dons surnaturels et bonne élève, elle se rendra très vite compte qu'elle savait s'imposer et qu'elle avait des dons d'hypnotiseuse. Ce dont elle se servira à satiété. Un journaliste la décrira à vingt-quatre ans après son histoire avec HARDY comme une brune au teint clair, lascive, diaboliquement chatte et aux ondoiements d'Orientale ! Ses victimes diront d'elle qu'elle avait quelque chose dans les prunelles et c'est armé de ces prunelles qu'elle s'est donc lancée à la conquête de cet absolu qu'elle recherchait. En jouant ce double jeu entre les nazis et la Résistance française. Des multiples liaisons qu'elle nouera, elle parviendra d'ailleurs toujours à tirer tout ce qui était nécessaire à son besoin de pouvoir et aux ambitions qu'elle nourrissait.

    Lydie Bastien, la diabolique de CaluireLe 21 juin 1943 alors que se sont réunis à Caluire dans la maison du docteur Frédéric DUGOUJON (photo ci-contre) quelques responsables de la Résistance de la zone Sud répondant à la convocation urgente de Jean MOULIN après l'arrestation à Paris du général DELESTRAINT, le chef de l'Armée Secrète, l'ancien préfet sera arrêté par les nazis. René HARDY, l'amant de Lydie BASTIEN, donnera longtemps le sentiment d'avoir révélé à sa maîtresse et pas seulement sur l'oreiller des renseignements qui perdront Jean MOULIN. Et comme un aveu supplémentaire de ce qui est considéré depuis comme une trahison, HARDY, bien qu'il n'ait pas été convoqué à Caluire, sera le seul à curieusement pouvoir prendre la fuite, malgré quelques maladroites coups de revolver tirés par les hommes de BARBIE et, on l'a dit, à cause de bracelets qui n'auraient pas été du premier choix. Il sera à nouveau arrêté par la Police française et remis aux Allemands au mois d'août 1943, et il parviendra une fois encore à s'enfuir par la fenêtre d'une chambre d'hôpital dont la porte était gardée par un homme armé mais sans que l'on ait pris la précaution de s'assurer qu'il ne pourrait pas s'enfuir par cette fenêtre. Une évasion d'autant plus rocambolesque qu'HARDY blessé, avait un bras en écharpe. Pour les uns et les autres, la traîtresse serait non seulement responsable de l'arrestation de Jean MOULIN, mais également de celle du général DELESTRAINT survenue quelques jours plus tôt à Paris à la station de métro La Muette. Les deux responsables de la Résistance doivent donc leur chute, à cette "beauté" de vingt ans, qui ne sera jamais inquiétée alors qu'elle avait pourtant été citée comme témoin lors des procès HARDY et qui est décédée à Paris, en 1994 après avoir néanmoins ouvert ses carnets à celui qui sera son exécuteur testamentaire, un certain Victor CONTE afin que l'on connaisse la vérité après sa mort. Un homme avec lequel, pourtant, elle s'était pas mal disputé au cours des dernières années ! Certains diront que l'ex belle fille de Lyon serait morte dans des conditions mystérieuses, évoquant même un suicide, mais sans que cette thèse soit vérifiée.

    Lydie Bastien, la diabolique de Caluire« Tout ce que racontent les livres est très éloigné de la réalité, dira-t-elle à son exécuteur testamentaire. J’ai fait des bêtises, j’avais vingt et un ans. Vous le direz un jour, quand je serai morte, à de bonnes oreilles ». Un véritable règlement de comptes avec une société qui l'avait jugée licencieuse et que méprisait ce "Lion ascendant sabotage", le surnom que lui donnera un jour René HARDY. De Lydie BASTIEN dont un autre de ses amants disait que c'était une « beauté fatale cachant une âme onduleuse et glaciale de reptile », on apprendra aussi que c'était un être passionné d'occultisme, de spiritisme qui voulait se libérer du joug du Bien et du Mal. Une créature un peu ingénue, étrangement belle, que certains trouvaient fascinante, et qui se vantait de pouvoir hypnotiser qui elle voulait. Pour elle « les hommes n'étaient que des pions d'échiquier, et des marionnettes à manœuvrer ». La jeune femme était donc en résumé une prostituée de luxe motivée par le seul intérêt et qui aurait été payée en bijoux par les nazis pour son "travail". Après avoir livré deux résistants français aux nazis et avoir fricoté avec l'un d'entre eux, Harry STENGRITT, elle s'entichera d'un riche magnat qui sera arrêté pour collaboration économique. Puis d'un escroc, Maha CHOHAN, chef de la Fraternité blanche universelle, qui se prétendait être le descendant de Gengis KHAN. Accusé d'être un imposteur, le prétendu être de lumière sera interdit de séjour en France en 1950 et on le soupçonnera même d'être un ancien nazi passé au service de l'Est. Au moment des procès HARDY, on la verra également beaucoup en Suisse où elle s'était jeté au cou de Pedro, le fils d'une famille genevoise qui était propriétaire d'une papeterie et qui avait donc des sous. Ce qui pour la petite pute qu'était Lydie n'était pas sans intérêt. Suivra Samuel OGUS, un richissime homme d'affaires qui faisait de l'import-export avec les pays de l'Est et qui, avant de disparaître, laissera derrière lui un passif de 200 millions de Francs. Il est possible que notre ensorceleuse n'ait pas été étrangère à tout ce mic-mac et qu'elle ait même travaillé pour le KGB. N'y avait-il pas déjà eu douze ans plus tôt des liens avec l'Abwehr ? Après que OGUS se soit suicidé en 1955 en se jetant sous une rame de métro à la station Etoile, Lydie BASTIEN partira pour l'Inde, où elle se fiancera à un maharadja créant au passage le Conseil international pour la recherche sur la nature de l'homme. Installée ensuite aux Etats-Unis, elle signera, sous le nom d'Ananda DEVI, un nom qu'elle empruntera à une autre plume, des articles sur l'hypnotisme et le yoga. La liste des victimes serait longue dont on a ici qu'un aperçu. Ce qui est sûr, c'est que Lydie BASTIEN était effectivement une "pute" au plus mauvais sens du terme ! La sensuelle Béatrice, son dernier nom de scène, ajoutera également à ses hobbies de femme fatale et de prêtresse pour illuminés des activités plus tiroir-caisse : un bar-discothèque à Montparnasse, Le Boucanier, qui lui servait surtout de lieu de rendez-vous pour ses affaires en tout genre et qui la mèneront aussi, c'est bien le moins, vers des politiques en mal d'affection comme l'ancien député et ministre, le Gaulliste Edgar FAURE, celui qui avait du mal à avaler la couleuvre POMPIDOU. Pourtant, à la fin des années soixante, la beauté de Lydie n'était plus ce qu'elle avait été vingt cinq ou trente ans plus tôt et elle s'était singulièrement épaissie pesant même un peu plus de cent kilos ! Sans doute s'était-elle fait souffler de trop sur les gâteaux et avait-elle mangé trop de friandises !

    Malgré les révélations posthumes de Lydie BASTIEN dans l'ouvrage publié par Pierre PEAN, la plupart des critiques trouveront peu convaincante cette thèse fondée sur un unique témoignage et dénuée de preuve écrite incontestable. Ce sera le cas de l'ancien secrétaire de Jean MOULIN, Daniel CORDIER pour lequel seule la culpabilité de René HARDY est à retenir pour ce qui est de cette trahison et sans qu'on la rattache à une quelconque histoire de fesses. Ce n'était pas l'avis d'Henri FRENAY, l'opposant à Jean MOULIN, qui avait déjà évoqué dans un ouvrage le rôle joué par l'ensorceleuse dans cette malheureuse affaire de dénonciation. Un FRENAY sur lequel Lydie BASTIEN avait tenté de jeter également son dévolu, mais sans y parvenir. De cette affaire ayant provoqué l'arrestation puis la mort de Jean MOULIN, il ne reste aujourd'hui que quelques extraits de témoignages souvent décousus car ils sont beaucoup à avoir été cités pour leur implication aux côtés de la diabolique de Caluire. Reste le rôle de certains de ceux dont la responsabilité n'a pas toujours été évoquée : Henri AUBRY et Raymond AUBRAC, responsable de l'Armée Secrète de la zone Nord qui sera, lui, directement mis en cause par BARBIE dans un écrit qu'il laissera après sa mort en 1991, probablement pour se venger de ceux qui avaient contribué à son arrestation en Amérique du Sud. 

     

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