• Karl Haushofer, le prétendu théoricien nazi

    Karl Haushofer, le théoricien

    Karl HAUSHOFER... Voilà un homme à propos duquel on aura dit à peu près tout et n'importe quoi. Et il suffit de visionner l'extrait vidéo ci-dessous diffusé sur la chaîne PLANETE pour en avoir un aperçu. Pourtant, ses origines et la judéité de son épouse auraient dû pousser nombre d'observateurs à se demander quels avaient pu être les liens exacts qui avaient existé entre Adolf HITLER et Karl HAUSHOFER au lieu d'en exagérer la portée. Car il me paraît difficile de croire qu'un homme comme cet universitaire, qui a dû prendre le temps de lire le torchon qu'était Mein Kampf ait pu accepter de jouer les conseillers du futur Führer sans s'offusquer d'une telle croisade antisémite de son élève ! L'idée répandue qu'il ait pu lier des liens amicaux avec lui lors de son emprisonnement à Landsberg-am-Lech et qu'il ait pu également être un adepte nazi, me semblent donc difficilement admissible et s'il y a eu des visites à la prison où le futur dictateur était détenu, il est plus probable que les relations des deux hommes aient été épisodiques et distantes. Ce qui me semble plutôt avoir prévalu dans ces rencontres à Landsberg étaient les liens d'amitié qui unissaient l'un des élèves de l'enseignant, le jeune Rudolf HESS, futur dignitaire nazi, à son professeur de géographie. Des liens d'amitié qui seront utiles à celui-ci après la promulgation des lois de Nuremberg défavorables aux Juifs et donc au père de l'épouse d'HAUSHOFER. 

    Issu d'une famille d'artistes et d'universitaires, cet ancien général de brigade et enseignant à l'Académie de guerre (1904) a très vite été amené à se passionner pour les échanges géopolitiques et la géographie après avoir été blessé pendant une courte carrière militaire en tant qu'officier d'artillerie. Selon l'écrivain Stefan ZWEIG, la culture de cet attaché militaire allemand était universelle. On a également prétendu que la paternité du terme d'espace vital ou Lebensraum venait de ses échanges avec HITLER mais il n'est pas du tout certain que HAUSHOFER ait livré à l'idéologue du national-socialisme un tel concept, ou du moins sous cette forme, même s'il peut lui avoir involontairement fourni un thème de réflexion. Car il entendait plutôt dépasser les nationalismes et voulait contribuer, par ses écrits, à l'émergence de "grands espaces continentaux" formés de nations solidaires et en aucun cas pousser HITLER à prévoir de conquérir les espaces qui auraient pu manquer au peuple allemand et à assassiner ceux qui y vivaient. Même s'il était, lui aussi, opposé aux dispositions du traité de Versailles qui avaient contribué à créer de véritables poudrières à des endroits bien précis comme à la frontière polonaise, à Danzig ou en Tchécoslovaquie. En 1945, lorsqu'il sera arrêté, HAUSHOFER se défendra d'avoir pu inspirer et d'approuver la politique nationale-socialiste d'annexion des territoires étrangers non habités par des Allemands, tout en reconnaissant cependant avoir approuvé l'annexion des territoires où certains d'entre eux vivaient (Tyrol du Sud, Sudètes). D'autant que partisan d'une alliance avec l'Union soviétique, il défendra celle-ci dans les colonnes de son journal, réservant dès 1939 un accueil chaleureux au pacte germano-soviétique, avant, naturellement de condamner le déclenchement de l'offensive nazie à l'est, un avis qui sera fatal en 1941 à la publication du journal qu'il avait créé. Cette opposition marquée à l'égard des nazis lui vaudra d'ailleurs de connaître les affres d'une dépression car il avait tout mis en oeuvre pour que l'on évite la guerre. Son fils Albrecht qui était aussi devenu son collaborateur attitré sera d'ailleurs tué par les nazis.

    Privé en 1944 de la protection de HESS qui s'était envolé pour l'Angleterre trois ans plus tôt, HAUSHOFER sera arrêté par la Gestapo après l'attentat du 20 juillet 1944 et déporté à Dachau. Sa maison sera perquisitionnée comme elle l'avait déjà été dès mars 1933 par un commando national-socialiste. Jouissant jusque-là de l'aide de Rudolf HESS qui avait remis à la famille HAUSHOFER le 19 août 1933 une "lettre de protection", l'enseignant et ses fils avaient longtemps conservé leurs postes universitaires et avaient pu en acquérir de nouveaux, malgré les protestations des "enragés" à propos de l'ascendance de leur épouse et mère. Nommé Président de l'Académie allemande en mars 1934, HAUSHOFER l'était même resté jusqu'en avril 1937 et bien après la promulgation des lois raciales de Nuremberg. Considéré, sans aucun doute à tort, comme l'un des inspirateurs du nazisme, et arrêté par les Américains après la guerre, il sera déchu de son titre de professeur honoraire, privé de sa pension, et il se suicidera désespéré le 10 mars 1946 en compagnie de son épouse Martha, dans leur propriété du Hartschimmel, près de Munich.

    Heureusement qu'il s'est trouvé d'autres historiens pour contredire l'influence ésotérique qu'aurait pu avoir l'universitaire sur l'idéologie nazie (svastika, création de l'élite SS, participation à des sociétés secrètes comme l'Ordre de THULE). Hans-Adolf JACOBSEN dira à ce propos que l'enseignant avait été plutôt désarmé devant la nature révolutionnaire du nazisme et que sa bonhommie et sa gentillesse proverbiales, ont été le fruit de cette convivialité baroque dont ses initiatives porteront la marque et le caractère. Je concluerais en me référant à un propos de l'une de ses relations, l'auteur juif Stefan ZWEIG qui restitue parfaitement ce que l'on reproche encore de nos jours à HAUSHOFER : « Personnellement, HAUSHOFER n'a jamais, à ma connaissance, occupé dans le parti une situation en vue, peut-être n’a-t-il même jamais été membre du parti ; je ne vois nullement en lui, comme les habiles journalistes d'aujourd'hui, une éminence grise démoniaque qui, cachée à l'arrière-plan, ait pu combiner les plus redoutables plans et les souffler au Führer.»

    Louis PETRIAC

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