• Jacques Bonsergent, le patriote éploré de juin 1940

    Jacques Bonsergent, le Français éploré de juin 1940

    Jacques Bonsergent, le patriote français éploré de juin 1940La photo la plus connue qui a été conservée du Breton Jacques BONSERGENT est sans conteste celle de ce jour de juin 1940 (ci-dessus) où, lors d'un défilé allemand aux Champs-Elysées dans un Paris occupé, on verra le jeune ingénieur diplômé des Arts et Métiers d'Angers, fondre en larmes. Cette photo de "l'inconnu des Champs-Elysées" fera du reste le tour du monde et illustre quel était le sentiment de désolation qui régnait chez ce patriote, navré de voir son pays capituler de la sorte devant l'armée nazie.

    Benjamin d'une famille bretonne de dix enfants, Jacques BONSERGENT sera du reste le premier civil français à être fusillé par l’occupant nazi, à l'entrée de l’hiver 1940/41 au Fort de Vincennes, il avait 28 ans. Des consignes strictes avaient été données aux Parisiens qui ne devaient plus sortir de chez eux le soir, des immeubles avaient été réquisitionnés, les horloges réglées à l'heure allemande et Paris était devenu invivable.   Suspecté de s'être trouvé mêlé avec plusieurs de ses amis à un groupe de soldats allemands et d'en avoir frappé un  le 10 novembre 1940 au terme d'une bousculade, il sera condamné à mort le 5 décembre et fusillé dix-huit jours plus tard . Refusant de donner le nom des autres participants à l'échauffourée, il avait été aussitôt arrêté au nom de l'exemplarité que les nazis entendaient donner à la sanction puis emprisonné à la Prison du Cherche Midi. Mais, les Allemands oublieront de préciser qu'à la hauteur du café Mollard, rue Saint-Lazare, le petit groupe rentrant d'une noce avait en cette soirée du 10 novembre croisé un sous-officier ivre et que celui-ci avait tenté de prendre par la taille l'une des jeunes femmes du groupe d'amis. Eclats de voix, rixe... l'époux ulcéré, décidé à voler au secours de sa belle, décochera un coup de poing au sous-officier qui chutera à terre avant que le groupe tente de se disperser. Jacques BONSERGENT, en raison de sa haute taille, sera, lui, repéré très facilement un peu plus tard, le groupe ayant réussi à s'évaporer. Pendant tous les interrogatoires, il répétera qu'il n'avait pas frappé l'officier allemand mais, condamné et refusant de désigner l'auteur du geste, il ne parviendra pas à être gracié par le commandant en chef de la Wehrmacht en France, un certain Otto von STULPNAGEL.

    De l'avis de certains historiens, le fait que le gouvernement de Vichy et le Maréchal PETAIN aient refusé d'assister quelques jours plus tôt à une cérémonie de réception des cendres de l'Aiglon, le fils de NAPOLEON et duc de Reichstadt, restituées à la France par Adolf HITLER, aurait été considéré comme infamant. Son arrestation tombant par ailleurs la veille de la première manifestation de masse organisée dans la capitale contre les Allemands, jugé vingt-cinq jours plus tard dans un contexte assez houleux, Jacques ne pouvait devenir que le condamné idéal permettant aux nazis de faire un exemple destiné à frapper l’opinion publique et à affermir un peu plus le rôle qu'ils entendaient jouer en France. Le martyre de Jacques BONSERGENT, tombé à 28 ans sous les balles d’un peloton d’exécution allemand à la place d'un camarade qu’il n'avait pas voulu dénoncer, reste à jamais un symbole d’héroïsme, de sacrifice, et de fraternité. Celui d'un patriote déçu de devoir supporter une occupation sur le sol de France. Il reste de lui cette lettre qu'il fera parvenir sur un ton désabusé à l'un de ses amis de promotion de l'école d'ingénieurs, les Gad'zarts :

    J’ai été jugé le 5 décembre, et condamné à mort ; ma grâce a été refusée, je suis exécuté demain matin, on vient de me l’annoncer. Préviens la Société des Anciens élèves et surtout ne vous faites pas de bile, je ne m’en fais pas moi-même. Si ça vous est possible, vivez bien pour Noël et le 1er janvier et surtout n’oubliez pas mon verre et chantez « Larrens » énergiquement en passant à moi. Fais mes adieux à tous les amis et connaissances. Pour la première fois depuis que je vous ai quittés je vais bien manger et boire et j’ai de l’appétit. Je préviens ma famille par ailleurs, écris leur un petit mot au 57 rue de Liège sur lequel tu feras signer tous les bons copains, ça leur fera plaisir, si tu peux même, vas à Lorient les voir et les embrasser je t’en remercie à l’avance, ils t’en seront reconnaissants. Je n’aurais jamais cru t’écrire mes dernières volontés aussi tôt. Sur ce je t’embrasse fraternellement et je te dis adieu avant de me coucher pour la dernière nuit. Bien fraternellement et en vrai Gad’ zarts, adieu ! (Sources : Lettres de fusillés du Mont-Valérien (1940-1944), Tallandier, 2010)

    Une place Jacques Bonsergent et une station de métro ont été créées en hommage au disparu à proximité du domicile qu'il occupait au 3, boulevard Magenta.


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