• Charles Delestraint, le chef de l'Armée Secrète...

    Charles Delestraint, le chef de l'Armée Secrète 

    Charles Delestraint, le chef de l'Armée Secrète...Probablement livré par l'un des siens, le général Charles DELESTRAINT dit VIDAL occupait encore au début du mois de juin 1943 de hautes responsabilités au sein de l'Armée Secrète puisqu'il en était le chef. Régulièrement promu de 1918 à 1936 jusqu'au grade de colonel quand il était dans l'armée régulière, il comptera même dans ses rangs Charles de GAULLE qui était encore lieutenant-colonel au sein de la 3ème brigade de chars de combat et, s'il est admis que leurs relations aient pu ensuite aider à la nomination de DELESTRAINT à la tête de l'Armée Secrète, cela ne semble pas avoir été du goût de tout le monde. Et surtout de gens comme Henri FRENAY du mouvement de résistance Combat qui ne voulait absolument pas que la Résistance soit confisquée au seul profit de Londres et du général de GAULLE. Disons aussi que DELESTRAINT et de GAULLE avaient au début du conflit en septembre 1939 une même vision de ce qu'aurait dû être une utilisation plus importante des blindés dans un conflit sans qu'ils soient écoutés et qu'ils s'étaient déjà, l'un et l'autre, distingués durant la première guerre mondiale. Devenu profondément hostile à PETAIN après la signature de l'armistice de juin 1940 et sensible à l'appel du général de GAULLE, une lettre anonyme le dénoncera à Vichy. Sévèrement rappelé à l’ordre par le cabinet du maréchal PETAIN en février 1942, il continuera cependant, tout en manquant de prudence et de discrétion, à inciter d'anciens militaires à espérer et à se préparer, organisant des réunions, notamment à Condrieu dans le Rhône jusqu’en septembre 1942.

    Le rôle que lui avait confié celui qui avait été son adjoint, alors que DELESTRAINT n'était plus un officier d'active en 1942 et qu'il n'appartenait alors à aucun mouvement, sera de fédérer les différents mouvements de résistance que comptera la France à partir de l'année 1942 en zone sud et de s'entendra avec les mouvances de résistants du Nord du pays. Des mouvements dont l'importance stratégique devenait de plus en plus évidente après l'envahissement de la zone libre au mois de novembre. C'est ce qui lui vaudra de travailler sous le nom de VIDAL en étroite collaboration avec un ancien préfet d'Eure-et-Loir, un dénommé Jean MOULIN à partir d'août 1942. C'est ce dernier en accord, non sans difficultés, avec un autre responsable de la Résistance à la tête du mouvement Combat, Henri FRENAY, qui en fera le premier commandant en chef de l'Armée Secrète. Sans que celle-ci ait de but politique, comme l'écrira DELESTRAINT au général de GAULLE dans un rapport, l'objectif poursuivi par l'Armée Secrète était de libérer le territoire sous les ordres de ce dernier et de rétablir un gouvernement national. En février 1943, alors qu'il accompagnait Jean MOULIN à Londres, celui qui allait devenir le Chef de la France Libre lui confiera une mission étendue également aux mouvements de résistants de la zone Nord qui avaient beaucoup moins progressé que ceux de la zone Sud. 

    Alors qu'il se rendait sans aucune protection à un rendez-vous avec René HARDY dit DIDOT, un des autres responsables du mouvement Combat de la Résistance chargé de planifier les attentats commis contre les Allemands, il sera arrêté à Paris devant la station de métro La Muette le 9 juin 1943 par un Français René SAUMANDE passé à l'ennemi et devenu l'agent K4 d'une Abwehr secondée par la Gestapo. Lorsque SAUMANDE, qui faisait ce jour-là équipe avec MOOG et le nazi KRAMER, s'approchera de DELESTRAINT et le priera de le suivre à mi-voix, arguant que DIDOT trouvait le lieu de rendez-vous peu sûr, DELESTRAINT suivra SAUMANDE confiant, non sans lui avoir signalé qu'il avait donné rendez-vous à 9 h 30, à deux autres de ses collaborateurs : GASTALDO et THEOBALD, au métro La Pompe. L'ancien général le paiera de sa vie. Et c'est après cette arrestation que surviendra à Caluire le 21 juin suivant celle de Jean MOULIN dit Max dans la maison du docteur Frédéric DUGOUJON où il avait été prévu que les responsables de la Résistance se réunissent pour désigner le nouveau responsable de cette Armée Secrète pilotée jusqu'alors par Charles DELESTRAINT. Il est aujourd'hui admis que René HARDY arrêté dans un train quelques jours auparavant ait pu être sommé par les nazis de leur livrer Jean MOULIN dit MAX afin d'éviter qu'ils s'en prennent aux siens et notamment à sa maîtresse Lydie BASTIEN sans qu'il imagine que celle-ci surnommée "La diabolique de Caluire" travaillait déjà pour les Allemands. René HARDY, qui représentait le mouvement Combat, et bien qu'il n'ait pas été convoqué à assister à cette nouvelle désignation à Caluire, sera le seul à prendre la fuite dans des conditions telles qu'il sera immédiatement accusé d'avoir trahi, mais, faute de preuves, il sera acquitté lors de son procès en janvier 1947. Un autre responsable Henri AUBRY, qui était en charge du cabinet du général DELESTRAINT aurait, semble-t-il, également joué un rôle dans l'arrestation du général DELESTRAINT le 9 juin auparavant. AUBRY avait en effet omis de prévenir son patron de ce qui l'attendait à La Muette. Reste à savoir s'il l'a fait sciemment ou involontairement, pressé par d'autres activités voire d'autres préoccupations ?  

    On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre cette interpellation de DELESTRAINT survenue le 9 juin et les difficultés auxquelles allait être soumis de GAULLE à Alger, au moment même où éclatait toute son opposition avec le général GIRAUD. Il semblerait aussi que DELESTRAINT ait payé avec cette arrestation son opposition à FRENAY et qu'il se soit trop exposé dans des documents qui ont été saisis par les nazis. C'était du moins l'avis de Jean MOULIN qui s'en était plaint dans une longue lettre adressée au général de GAULLE au lendemain de cette interpellation. L'ancien préfet admettait cependant que le général avait manqué de collaborateurs expérimentés qui auraient pu l'aider à s'occuper des différentes liaisons sans pour autant passer par des boîtes courrier que les nazis avaient su exploiter, prélevant souvent les messages qui étaient déposés à l'attention des résistants. Alors qu'il avait été mis en présence par les nazis de Jean MOULIN que ceux-ci cherchaient à confondre et qui était déjà sur le point de mourir, l'ancien responsable de de GAULLE refusera de le reconnaître comme l'y avait invité Klaus BARBIE, prétextant qu'il était dans un trop mauvais état pour qu'il puisse le faire. Déporté d'abord au camp de Natzweiler Struthof puis à Dachau après son arrestation et un très long interrogatoire assez musclé suivi d'un emprisonnement à Fresnes, le général DELESTRAINT y sera assassiné le 19 avril 1945 d'une balle dans la nuque, peu de temps avant que le camp soit libéré par les Américains. Jusqu'à sa mort, le général sera persuadé qu'il devait son arrestation à René HARDY.

    Déjà Commandeur de la Légion d'Honneur, il sera nommé Compagnon de la Libération à titre posthume.

      

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