• Bernard Bonnet l'homme des paillottes

    Bernard Bonnet l'homme des paillottes

    Corse, 1998... Le préfet Claude ERIGNAC est assassiné et curieusement l'île de beauté va s'enflammer contre un homme, celui qui vient d'être aussitôt nommé par le gouvernement de Lionel JOSPIN pour remettre de l'ordre et restaurer l'état de droit. Son nom, Bernard BONNET, qui n'a pas hésité un seul instant à relever le défi malgré l'ambiance qui règne en Corse où l'on a fini par s'habituer sans sourciller à quantités d'actions terroristes. Le nouveau préfet n'est certes pas habitué à plier l'échine facilement et ses précédentes fonctions dans les Pyrénées Orientales où il avait été nommé par Charles PASQUA l'avaient habitué à prendre des mesures assez radicales très vite jugées impopulaires. Comme le dira au moment de sa prise de fonctions le ministre de l'Intérieur Jean-Pierre CHEVENEMENT, « le remplaçant d'ERIGNAC est l'homme qu'il faut à l'endroit où il faut ». Il est vrai qu'il avait déjà été préfet adjoint à la sécurité à Ajaccio en 1991 et 1992. Et cet homme exceptionnel de 50 ans, fils de militaire, sera vite doté de moyens eux aussi exceptionnels avec la possibilité de choisir lui-même ses collaborateurs et de se voir doté d'un groupement de sécurité ! Le préfet a vite pris les choses en main ne voulant voir qu'une seule tête, la sienne ! C'est ce que disaient les mauvaises langues. Dès son arrivée en Corse, il avait même clairement fait passer le message à tous les services et le premier qui tousserait, sauterait. Dès le premier jour d'ailleurs, le préfet BONNET rôdera autour de José ROSSI (UDF-DL). Peut-être parce qu'il voyait à tort ou à raison dans le nouveau président de l'Assemblée de Corse l'incarnation du politicien douteux qu'il rêvait de « continentaliser » menottes aux poignets. Arrivera en mai 1998 le procureur général Bernard LEGRAS et les relations seront vite électriques entre les deux hommes. On aurait dit que les superbes moustaches du procureur l'agaçaient. En guise de contre-pouvoir, la direction de la gendarmerie avait alors nommé le colonel Henri MAZERES à la tête de la région et avait prié le lieutenant-colonel CAVALIER qui avait suivi le Préfet BONNET de rejoindre le rang, au poste de chef d'état-major. Le colonel MAZERES est un homme du sérail. Informaticien, à la chaleur toute landaise, il a vite remis au pas celui qu'il soupçonnait être un mouton noir. « Malgré la loyauté affichée du lieutenant-colonel Bertrand CAVALIER, les relations entre les deux gendarmes ne cesseront pas de se dégrader », se souvient l'un d'entre eux. Et puis, il y a eu un retournement de situation. Selon un fin connaisseur insulaire du dossier, « le préfet BONNET et le colonel MAZERES, qui se détestaient cordialement lors des premiers mois de leur travail en commun, en sont venus à nouer des relations intimes. Ils se promenaient ensemble en fin de semaine, protégés par leurs escortes respectives. Il leur arrivait même de faire du bateau ensemble. Ils étaient devenus inséparables, d'une complicité inenvisageable. Privé de CAVALIER, BONNET a instrumentalisé MAZERES ». A en croire les déclarations de Bertrand CAVALIER, les deux hommes, victimes de leur isolement insulaire, étaient dans les dispositions d'esprit propices à leur faire monter une opération tordue comme celle de la plage de Cala d'Orzu. »

    Bernard Bonnet l'homme des paillottesHuit mois après sa nomination, Bernard BONNET qui s'était déplacé au Parlement corse et auquel on avait demandé quand il partirait, aura cette réponse cinglante faite à l'attention de ses quelques contradicteurs : « Je partirai quand vos amis cesseront le racket, quand vos amis cesseront d’assassiner dans les fêtes de village, quand vos amis cesseront de déposer des explosifs ». Mais personne n'imaginait encore que les mesures prises par le nouveau préfet s'étendraient à des établissements de restauration, même conçus illégalement en bordure de mer.  Le 20 avril 1999, vers 2 heures du matin, une paillote du nom « Chez Francis » (ci-contre) sera détruite par un incendie. Située sur la plage de Cala d'Orzu, dans la commune de Coti-Chiavari, au sud du golfe d'Ajaccio, elle était bâtie sur une terrasse de béton de 300 m2. Ce restaurant de bord de mer était exploité sans titre et sans droit depuis 1974 par la famille FERAUD et, depuis, par leur fils, Yves. Des paillotes de ce type, il y en a des dizaines sur les plages de Corse, surtout au sud. Mais celle de « Chez Francis » était parmi les plus cotées. A l'origine, le père FERAUD avait eu l'autorisation de faire de la vente ambulante de sandwiches et de limonade l'été avant que, progressivement, il prenne racine dans le sable et, malgré des injonctions du maire et des condamnations à détruire cette construction illégale, rien n'y faisait. Lorsque le préfet BONNET a ouvert le dossier de la protection du domaine public, il était forcément tombé sur le dossier des paillotes et un calendrier avait été fixé après une mise en demeure. Un délai avait été accordé à Yves FERAUD jusqu'au 13 avril 1998, mais l'Assemblée de Corse qui s'était émue du sort des paillotes était intervenue et un compromis avait été trouvé assorti d'un nouveau sursis accordé jusqu'au 30 octobre 1998 date à laquelle la paillote devait être démontée.

    Seulement, le 20 avril, la paillote « Chez Francis » a brûlé. Sur la plage, tout près, on a découvert un radio-téléphone en fonctionnement, une cagoule, et des jerricans d'essence à peine enfouis dans le sable, un matériel qui appartenait au GPS, l'unité spéciale de la gendarmerie. D'abord, les gendarmes ont reconnu qu'ils étaient là, mais seulement en mission d'observation. Et aussi qu'ils auraient été surpris par une boule de feu sortant de la construction. Ensuite, le colonel Henri MAZERES reconnaîtra avoir agi sur les instructions du préfet Bernard BONNET. Ce que ce dernier niera en disant sur le plateau de télévision de Thierry ARSISSON que : « S'il avait voulu incendier une paillote, il n'aurait pas laissé de traces ! »

    Bernard Bonnet l'homme des paillottes

    Arrêté à la suite de l'incendie Bernard BONNET sera emprisonné à La Santé le 3 mai. Une fois relâché, deux mois plus tard, il se lancera dans un véritable combat et publiera un ouvrage afin d'accuser ouvertement Elisabeth GUIGOU, la ministre de la Justice, d'avoir comploté pour lui faire endosser des responsabilités qu'il récuse et pour avoir notamment tenu des propos devant le Club de la Presse en juin 1999. Il lui reprochera en outre de ne pas avoir tenu compte de la présomption d'innocence puisqu'au moment où elle les tenait il n'avait pas encore été jugé. Dans l'histoire effectivement, un préfet, même sans menottes, qui aura été traîné en novembre 2001 à Ajaccio devant un tribunal correctionnel pour y être jugé selon la loi, c'était une nouveauté dans l'histoire de la préfectorale et lorsqu'un pareil spectacle se déroule en Corse... Une affaire suffisamment grave pour qu'aussitôt les médias et PARIS-MATCH se saisissent d'un dossier tel que celui-là et que l'on assiste à un ex-préfet poussé dans le box, sous les sarcasmes d'un public où l'on pouvait reconnaître quelques fiers nationalistes, ou  ex-cagoulés, peut-être même deux ou trois racketteurs politiques, une poignée de trafiquants politiques, deux braqueurs politiques, un proxénète politique, et qui sait encore d'autres prévaricateurs, affairistes ou complices, diplômés du plastic, toute la fine fleur du maquis politique, venus assister en nombre à la condamnation de celui qui, durant un an, chaque jour et avec acharnement, leur avait infligé une insoutenable violence parce qu'il s'était mis en tête de faire seulement appliquer la loi. Condamné une première fois à trois ans de prison dont un ferme, le Préfet BONNET choisira le sulfureux défenseur Jacques VERGES pour le représenter. Définitivement condamné par un jugement de la cour de cassation, le 13 octobre 2004, il publiera à l'occasion un quatrième livre pour faire valoir son point de vue.

    Un reportage réalisé par M6 revient sur le début de cette affaire des paillottes et sur la courte mission de 14 mois du Préfet Bernard BONNET en Corse. Il vaut son pesant de cacahuètes ! 

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