• André Gondet, le héros méconnu...

    André Gondet, C'est une très belle histoire qui s'achèvera hélas tragiquement pour lui, qu'aura vécu pendant quelques mois le Breton André GONDET, lui qui avait choisi, fin 1943, de rejoindre les rangs de la Résistance après être revenu en permission d'un camp de travail en Allemagne où, requis, il avait dû se rendre dans le cadre du tristement célèbre S.T.O. un "Service du Travail Obligatoire" qui permettait aux nazis de se procurer la main d'oeuvre dont ils étaient privés dans leurs usines depuis le début de la guerre et son intensification progressive.

    Après avoir choisi de dire non à l'occupant nazi et de ne pas regagner son camp de travail en Allemagne, et un court intermède de mécanicien chez un maréchal-ferrant sous un nom d'emprunt, celui de Jean LE BOHAL, il prendra très vite part à de nombreux actes héroïques dès juin 1944, participant notamment à la bataille de Saint-Marcel sous les ordres du commandant Eugène CARO. Il sera chargé avec quelques autres de conduire les premiers parachutistes de la France libre appartenant au 2eme Régiment de chasseurs parachutistes ou au 4eme Special Air Service britannique, parachutés au cours de la nuit du 5 au 6 juin 1944 dans le secteur de Plumelec (Morbihan). Précisons ici que la mission des SAS était de saboter les voies de communication et de rassembler, d'équiper, de former et d'encadrer les maquis bretons, avec pour objectif d’empêcher ou au moins de retarder le transfert vers le front de Normandie des troupes allemandes stationnées en Bretagne.

    Au sein de la 7eme compagnie, participant à la défense du camp de Saint-Marcel attaqué en force par la Wehrmacht, il livrera avec les siens un combat épique, infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes mais contraignant les parachutistes SAS ainsi que les FFI-FTPF à se replier en bon ordre et à se disperser. Après cette dispersion, appuyées par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », et par les agents de l’Abwher et du SD, ainsi que par les agents français de la FAT 354 (Front Aufklärung Truppe) aidés par les miliciens bretons du Bezen Perrot, la Feldgendarmerie, et la Wehrmacht se lanceront dans une recherche et une traque implacable de ces parachutistes SAS et des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient, parmi lesquels se trouvait l'unité de résistants d'André GONDET. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplieront dans tout le département du Morbihan. Le 12 juillet 1944, à Kérihuel en Plumelec, le village où le capitaine des Forces Françaises Libres, Pierre MARIENNE venait d’installer son PC, un détachement du SD et de la FAT 354 commandé par l'officier nazi HERR, surprendra dans leur sommeil, à quatre heures du matin, dix-huit hommes parmi lesquels André GONDET qui seront capturés et exécutés sur l’aire de battage d'une ferme.

    Stéphanie TROUILLARD, l'auteure d'un hommage (*) à "un oncle de l'ombre" qu'elle n'a pas connu et dont on commence seulement à parler depuis novembre dernier, aurait assurément aimé pouvoir franchir son portail ou la porte de sa maison de retraite pour passer quelques après-midi à écouter ses histoires, et pouvoir connaître le son de sa voix, sa façon de rire ou l'éclat de son regard. Mais André GONDET, "cet oncle de l'ombre" mort en héros un jour terrible de juillet 1944 ne lui en donnera jamais la possibilité. De cette frustration naîtra un besoin de connaître une histoire dont on ne parlait pourtant jamais. Comme elle l'a précisé, cette histoire d'oncle résistant n'était pas vraiment connue par sa famille mais, pourtant elle nous hantait tous. Soixante-dix ans après ce fait d'arme, André GONDET qui n'était plus qu'un nom sur un monument aux morts et un portrait dans un vieux cadre accroché sur un mur de la maison familiale retrouve la lumière grâce à l'ouvrage de sa petite nièce. Après six années de recherches, elle est enfin parvenue, à force de passion, à pénétrer l'histoire familiale qui avait été celle de ce jeune homme de 23 ans mort trop tôt sous les balles d'un occupant avide de mettre au pas des résistants revanchards soucieux de favoriser le débarquement allié de Normandie.

    * Journaliste pour France 24, Stéphanie TROUILLARD est originaire de Nantes, avec des racines familiales dans le Morbihan. Elle s'est spécialisée dans l'histoire de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Elle a notamment réalisé en 2017 un webdocumentaire "Si je reviens un jour", les lettres retrouvées de Louise PIKOVSKY, l'histoire d'une jeune lycéenne parisienne déportée à Auschwitz. Ce travail de mémoire a été récompensé par de nombreux prix en France et en Europe. Son ouvrage publié par une maison d'édition bretonne SKOL VREIZH EDITIONS doit sortir à la mi septembre et il vous est déjà possible de le réserver.

     

    (*) Mon oncle de l'ombre, Stéphanie TROUILLARD, ISBN n° 978-2-36758-089-0


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :