• Un devoir de mémoire indispenssable...

    Juillet 1942, comment oublier ? Oui, comment pourrait-on oublier ce qui s'est passé le 16 juillet 1942 au vieux Vel d'Hiv de Grenelle après cette rafle opérée dès six heures du matin à l'aide de bus avec le concours extrêmement discutable d'une police répondant à des consignes d'Etat. Une police qui était déjà sous le feu de l'actualité alors que l'on vient d'évoquer soixante-dix-huit ans plus tard certaines brutalités qui sont inadmissibles. Le pire, c'est qu'on aura mis longtemps avant d'admettre que certains de nos fonctionnaires s'étaient mal comportés en ce mois de juillet 1942. Sans doute le travail d'historiens et de gens comme les KLARSFELD aura-t-il aidé à prendre conscience de la dangerosité de certains comportements.

    juillet 1942, souvenons-nous autour du drame des Weiss !...L'un des témoignages les plus édifiants qui aient été conçus pour évoquer cette chasse au juif répondant à des objectifs nazis définis par un plan est probablement cette fiction qu'est Holocauste laquelle, au travers de cette famille WEISS et d'une série TV, aura réussi à évoquer la boucherie et la barbarie nazie ! Au nom d'un devoir de mémoire qui se devait un jour de s'exercer. Les acteurs Fritz WEAVER (ci-dessus) et Rosemary HARRIS dans leur rôle des WEISS sont bouleversants d'émotion et il ne faudra jamais oublier combien ont dû souffrir tous ceux qui avaient été pris dans les mailles des filets nazis. Que ce soit en Allemagne dans les camps d'extermination créés ou à l'est dans le ghetto de Varsovie ! Quelques extraits sont accessibles que vous pourrez visionner ci-dessous pour avoir une idée d'Holocauste si vous ne connaissiez pas cette série des années quatre-vingt qui aura ouvert les yeux de beaucoup d'entre nous sur ce qui s'était passé entre 1933 et 1945. Avant que France Télévision nous propose à la fin 1989 un document en plusieurs époques de Frédéric ROSSIF qui aidera à mieux comprendre après néanmoins plus de trente ans de silence !  

     

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  • Lydie Bastien, la femelle diabolique de CaluireLydie BASTIEN était un esprit fort qui se croyait dotée de dons surnaturels et qui aurait bénéficié d'un destin exceptionnel. Elle s'imaginait être la perfection même et, partant de là, elle était disposée à rallier n'importe quel camp. Si on l'a parfois considérée comme une femme qui "aurait" travaillé pour les Allemands durant la dernière guerre, l'implication de Lydie BASTIEN a cependant fini par être démontrée. Mais ce qui est aussi une certitude, c'est qu'elle aura longtemps réussi à duper tout le monde, parvenant à s'en tirer à chaque fois afin de poursuivre sa longue route de perverse destructrice autour d'elle. C'est le journaliste Pierre PEAN qui aurait apparemment élucidé un mystère vieux de cinquante ans en livrant dans un ouvrage de précieuses données sur ce personnage pour le moins inquiétant mais sans pour autant convaincre la plupart des historiens. Harry STENGRITT, l'adjoint du nazi Klaus BARBIE dont Lydie était la maîtresse et qu'elle trouvait beau et très séduisant avait en effet chargé celle-ci de séduire le résistant René HARDY dont ils avaient une idée assez exacte des responsabilités, afin que les Allemands puissent se procurer de quoi arrêter rapidement les principaux responsables de la Résistance française. Une mission dont elle s'acquit-tera fort bien si l'on en juge le nombre de ceux qui seront emprisonnés, déportés ou... tués. Comme une autre créature fatale, cette "beauté luciférienne" baptisée ainsi par l'un de ses autres amants, le prêtre défroqué Ernest GENGENBACH, collectionnera du reste de multiples aventures avec des hommes riches et puissants.

    Elle ne fera de ce pauvre HARDY qu'une bouchée de pain en l'abordant dans un lieu (la brasserie des Archers à Lyon) où le résistant avait ses petites habitudes, apprenant rapidement l'existence de ce Jean MOULIN que l'on appelait Max, ainsi que les violents conflits qui opposaient ce dernier au mouvement Combat d'Henri FRENAY et de Berty ALBRECHT. Un Henri FRENAY qui reprochait à l'ancien préfet de vouloir confisquer le mouvement de Résistance au seul profit du général de GAULLE. En charge de certaines boîtes aux lettres utilisées par la Résistance, et avec l'aide des nazis, elle récupérera le message du rendez-vous de René HARDY avec le général DELESTRAINT, qu'elle transmettra à BARBIE. C'est d'ailleurs elle qui s'occupera de réserver pour lui un billet de train dans un wagon couchettes à destination de Paris. « Ce couillon pensait, dira t-elle dans ses confessions, que nous allions voyager ensemble et pour être sûre qu'il partirait vraiment, j'ai dû le conduire moi-même à la gare en taxi. C'était une chique molle qui était à ma merci ». Et c'est encore elle qui convaincra son amoureux transi qu'elle trouvait trop docile, de se rendre à Caluire chez le docteur DUGOUJON, même sans y avoir été invité, organisant sa fuite auprès de BARBIE qui ne révélera rien de tout cela lors de son procès de 1987 à Lyon. Bien entendu, son amant cheminot ne saura rien de toutes ces manipulations, même après avoir été arrêté à bord du train par les deux nazis MULTON et MOOG. Pour BARBIE, ce HARDY c'était une prise de choix qu'il mettra même dans l'obligation d'informer régulièrement la Gestapo des faits et gestes de ses compagnons résistants. Faute de quoi, les SS s'en seraient pris à sa fiancée Lydie, ou aux parents de cette dernière. Tombé follement amoureux de cette jouvencelle de vingt ans toujours bien vêtue et bien mise René parlera donc, collaborant avec les nazis sans savoir de quel bois était réellement fait la demoiselle, laquelle, bien avant d'être "prise en mains" par le beau STENGRITT avait déjà eu un Allemand comme premier amant !

    Il serait impossible d'oublier le visage de cette femme qui, en 1947, à vingt-cinq ans et au moment du premier procès de René HARDY (photo ci-dessus), faisait bien plus que son âge et à qui il arrivera de se prendre pour la réincarnation de la reine Cléopâtre. Avec son ovale de madone et ses traits de gitane, elle avait tout de la femme fatale, ce qui n'apparaît pas forcément sur la photo de l'ouvrage que lui a consacré le journaliste Pierre PEAN où l'on devine plutôt une gamine un peu nunuche qu'une femme rompue à tous les artifices. D'après ce qui a pu être précisé, c'est là encore une castration parentale du côté de sa mère qui serait la cause de ce profil de perverse que Lydie, "le petit lapin bleu de Papa" s'est plu à afficher durant son existence. Une mère qui était, semble-t-il jalouse de ce père que la petite adorait et qui le lui rendait bien. La gamine, mise en pension dans une institution religieuse au Mans, concevra envers cette mère castratrice une haine qui ne s'éteindra jamais et, dès son adolescence elle apparaîtra sous les traits d'une fille délurée recherchant à tout prix une liaison comme pour se délivrer d'un carcan familial pesant. Classée comme une anticommuniste notoire et une antisémite convaincue, elle deviendra même profondément anticléricale conservant de son passage chez les bonnes soeurs du couvent sarthois le souvenir d'un diktat imposé. Se croyant doté de dons surnaturels et bonne élève, elle se rendra très vite compte qu'elle savait s'imposer et qu'elle avait des dons d'hypnotiseuse. Ce dont elle se servira à satiété. Un journaliste la décrira à vingt-quatre ans après son histoire avec HARDY comme une brune au teint clair, lascive, diaboliquement chatte et aux ondoiements d'Orientale ! Ses victimes diront d'elle qu'elle avait quelque chose dans les prunelles et c'est armé de ces prunelles qu'elle s'est donc lancée à la conquête de cet absolu qu'elle recherchait. En jouant ce double jeu entre les nazis et la Résistance française. Des multiples liaisons qu'elle nouera, elle parviendra d'ailleurs toujours à tirer tout ce qui était nécessaire à son besoin de pouvoir et aux ambitions qu'elle nourrissait.

    Lydie Bastien, la diabolique de CaluireLe 21 juin 1943 alors que se sont réunis à Caluire dans la maison du docteur Frédéric DUGOUJON (photo ci-contre) quelques responsables de la Résistance de la zone Sud répondant à la convocation urgente de Jean MOULIN après l'arrestation à Paris du général DELESTRAINT, le chef de l'Armée Secrète, l'ancien préfet sera arrêté par les nazis. René HARDY, l'amant de Lydie BASTIEN, donnera longtemps le sentiment d'avoir révélé à sa maîtresse et pas seulement sur l'oreiller des renseignements qui perdront Jean MOULIN. Et comme un aveu supplémentaire de ce qui est considéré depuis comme une trahison, HARDY, bien qu'il n'ait pas été convoqué à Caluire, sera le seul à curieusement pouvoir prendre la fuite, malgré quelques maladroits coups de revolver tirés par les hommes de BARBIE et, on l'a dit, à cause de bracelets qui n'auraient pas été du premier choix. Il sera à nouveau arrêté par la Police française et remis aux Allemands au mois d'août 1943, et il parviendra une fois encore à s'enfuir par la fenêtre d'une chambre d'hôpital dont la porte était gardée par un homme armé mais sans que l'on ait pris la précaution de s'assurer qu'il ne pourrait pas s'enfuir par cette fenêtre. Une évasion d'autant plus rocambolesque là encore qu'HARDY blessé, avait un bras en écharpe. Pour les uns et les autres, la traîtresse serait non seulement responsable de l'arrestation de Jean MOULIN, mais également de celle du général DELESTRAINT survenue quelques jours plus tôt à Paris à la station de métro La Muette. Les deux responsables de la Résistance doivent donc leur chute, à cette "beauté" de vingt ans, qui ne sera jamais inquiétée alors qu'elle avait pourtant été citée comme témoin lors des procès HARDY et qui est décédée à Paris, en 1994 après avoir néanmoins ouvert ses carnets à celui qui sera son exécuteur testamentaire, un certain Victor CONTE afin que l'on connaisse la vérité après sa mort. Un homme avec lequel, pourtant, elle s'était pas mal disputé au cours des dernières années ! Certains diront que l'ex belle fille de Lyon serait morte dans des conditions mystérieuses, évoquant même un suicide, mais sans que cette thèse soit vérifiée.

    Lydie Bastien, la diabolique de Caluire« Tout ce que racontent les livres est très éloigné de la réalité, dira-t-elle à son exécuteur testamentaire. J’ai fait des bêtises, j’avais vingt et un ans. Vous le direz un jour, quand je serai morte, à de bonnes oreilles ». Un véritable règlement de comptes avec une société qui l'avait jugée licencieuse et que méprisait ce "Lion ascendant sabotage", le surnom que lui donnera un jour René HARDY. De Lydie BASTIEN dont un autre de ses amants disait que c'était une « beauté fatale cachant une âme onduleuse et glaciale de reptile », on apprendra aussi que c'était un être passionné d'occultisme, de spiritisme qui voulait se libérer du joug du Bien et du Mal. Une créature un peu ingénue, étrangement belle, que certains trouvaient fascinante, et qui se vantait de pouvoir hypnotiser qui elle voulait. Pour elle « les hommes n'étaient que des pions d'échiquier, et des marionnettes à manœuvrer ». La jeune femme était donc en résumé une prostituée de luxe motivée par le seul intérêt et qui aurait été payée en bijoux par les nazis pour son "travail". Et avec "ces bijoux de la trahison" la sémillante Lydie mènera grand train de vie jusqu'à la fin de ses jours.

    Après avoir livré deux résistants français aux nazis et avoir fricoté avec l'un d'entre eux, Harry STENGRITT, elle s'entichera d'un riche magnat qui sera arrêté pour collaboration économique. Puis d'un escroc, Maha CHOHAN, chef de la Fraternité blanche universelle, qui se prétendait être le descendant de Gengis KHAN. Accusé d'être un imposteur, le prétendu être de lumière sera interdit de séjour en France en 1950 et on le soupçonnera même d'être un ancien nazi passé au service de l'Est. Au moment des procès HARDY, on la verra également beaucoup en Suisse où elle s'était jeté au cou de Pedro, le fils d'une famille genevoise qui était propriétaire d'une papeterie et qui avait donc des sous. Ce qui pour la petite pute qu'était Lydie n'était pas sans intérêt. Suivra Samuel OGUS, un richissime homme d'affaires qui faisait de l'import-export avec les pays de l'Est et qui, avant de disparaître, laissera derrière lui un passif de 200 millions de Francs. Il est possible que notre ensorceleuse n'ait pas été étrangère à tout ce mic-mac et qu'elle ait même travaillé pour le KGB. N'y avait-il pas déjà eu douze ans plus tôt des liens avec l'Abwehr ? Après que OGUS se soit suicidé en 1955 en se jetant sous une rame de métro à la station Etoile, Lydie BASTIEN partira pour l'Inde, où elle se fiancera à un maharadja créant au passage le Conseil international pour la recherche sur la nature de l'homme. Installée ensuite aux Etats-Unis, elle signera, sous le nom d'Ananda DEVI, un nom qu'elle empruntera à une autre plume, des articles sur l'hypnotisme et le yoga. La liste des victimes serait longue dont on a ici qu'un aperçu. Ce qui est sûr, c'est que Lydie BASTIEN était effectivement une "pute" au plus mauvais sens du terme ! La sensuelle Béatrice, son dernier nom de scène, ajoutera également à ses hobbies de femme fatale et de prêtresse pour illuminés des activités plus tiroir-caisse : un bar-discothèque à Montparnasse, Le Boucanier, qui lui servait surtout de lieu de rendez-vous pour ses affaires en tout genre et qui la mèneront aussi, c'est bien le moins, vers des politiques en mal d'affection comme l'ancien député et ministre, le Gaulliste Edgar FAURE, celui qui avait du mal à avaler la couleuvre POMPIDOU. Pourtant, à la fin des années soixante, la beauté de Lydie n'était plus ce qu'elle avait été vingt cinq ou trente ans plus tôt et elle s'était singulièrement épaissie pesant même un peu plus de cent kilos ! Sans doute s'était-elle fait souffler de trop sur les gâteaux et avait-elle mangé trop de friandises !

    Malgré les révélations posthumes de cette Lydie BASTIEN évoquées dans l'ouvrage publié par Pierre PEAN, la plupart des critiques trouveront peu convaincante cette thèse fondée sur un unique témoignage dénué de preuve écrite incontestable. Ce sera le cas de l'ancien secrétaire de Jean MOULIN, Daniel CORDIER pour lequel seule la culpabilité de René HARDY est à retenir pour ce qui est de cette trahison et sans qu'on la rattache à une quelconque histoire de fesses. Ce n'était pas l'avis d'Henri FRENAY, l'opposant à Jean MOULIN, qui avait déjà évoqué dans un ouvrage le rôle joué par l'ensorceleuse dans cette malheureuse affaire de dénonciation. Un FRENAY sur lequel Lydie BASTIEN avait tenté de jeter également son dévolu, mais sans y parvenir. De cette affaire ayant provoqué l'arrestation puis la mort de Jean MOULIN, il ne reste aujourd'hui que quelques extraits de témoignages souvent décousus car ils sont beaucoup à avoir été cités pour leur implication aux côtés de la diabolique de Caluire. Reste le rôle de certains de ceux dont la responsabilité n'a pas toujours été évoquée : Henri AUBRY et Raymond AUBRAC, responsable de l'Armée Secrète de la zone Nord qui sera, lui, directement mis en cause par BARBIE dans un écrit qu'il laissera après sa mort en 1991, probablement pour se venger de ceux qui avaient contribué à son arrestation en Amérique du Sud. 

     

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  • René Hardy, le "vendu amoureux"

    René HARDY... Le nom de cet homme né en octobre 1911 et licencié es-lettres restera éternellement un mystère pour l'Histoire et la Résistance française. Un mystère parce qu'on a écrit énormément de choses sur lui et que les langues semblaient s'être déliées au fil des années, comme si, avant qu'ils disparaissent, des souvenirs avaient soudain jailli de la mémoire de certains de ceux qui restaient étroitement mêlés à l'arrestation de Jean MOULIN survenue le 21 juin 1943 et de quelques autres résistants .

    Ce sera surtout le cas de Lydie BASTIEN laquelle, par le truchement d'un exécuteur testamentaire avec lequel elle avait pourtant fini par être en conflit, précisera un certain nombre de choses et le détail de ceux qu'elle avait roulé dans la farine. HARDY alias DIDOT en fera partie en bonne marionnette qu'elle devait prendre plaisir à voir danser, comme quelques autres. Danser, Robert MOOG et Jean MULTON, deux des autres vendus aux nazis s'y emploieront également et dans un premier temps en soirée du 7 au 8 juin dans ce train entre Lyon-Perrache et Paris, proposant même à René HARDY une courte halte à Châlon-sur-Saône à une heure du matin qui le mènera finalement à Lyon dans les locaux d'un Klaus BARBIE venu à sa rencontre. D'après ce qui a été affirmé, on dit qu'HARDY aurait reconnu MULTON en compagnie de MOOG sur le quai de la gare avant de prendre son train à Lyon ; parce qu'il l'avait croisé quelques semaines plus tôt à Marseille alors que celui-ci opérait encore au sein de la mouvance Combat sous le nom de Lunel et sans apparemment que celui-ci lui fasse un signe amical. On pourrait donc se demander pourquoi l'ancien responsable cheminot ne s'est pas davantage senti en danger devant un tel mutisme de MULTON et la raison pour laquelle il a tout de même tenu à prendre son train. Devant autant de manque de discernement il est facile d'imaginer quel plaisir a pu éprouver cette fiancée tombée du ciel qui faisait de lui ce qu'elle voulait. Une fois interpellé par MOOG et MULTON en gare de Châlon-sur-Saône et avoir été incarcéré, MOOG et MULTON étant partis pour Paris où DELESTRAINT sera arrêté à son tour une trentaine d'heures plus tard, certains prétendront que les nazis et BARBIE lui-même l'avaient "retourné" en le menaçant de s'en prendre à cette jeune beauté d'une vingtaine d'années qu'il avait rencontrée dans un bistrot où il avait ses petites habitudes. Cette demoiselle, Lydie BASTIEN avait déjà un tableau de chasse époustouflant pour laquelle cet homme de 32 ans nourrissait une passion sans bornes ! Pour cette "poulette" tombée miraculeusement du ciel qui partageait déjà la couche de l'adjoint de BARBIE, un dénommé Harry STENGRITT, ce René c'était du pain béni d'autant qu'il était à la tête d'une organisation en charge d'une centaine de gares et du noyautage d'un grand nombre d'administrations publiques. Des responsabilités qui n'étaient pas inintéressantes pour des nazis comme MOOG ou BARBIE. Jouant de sa passion pour l'allumeuse qu'était Lydie BASTIEN, ceux-ci feront à leur tour de René HARDY ce qu'ils voudront et tout porte donc à croire à une version mouillant l'inspecteur de la SNCF et au fait qu'il ait pu vendre Jean MOULIN aussi facilement aux nazis. Arrêté une seconde fois après les événements de Caluire, HARDY passera aux aveux le 19 décembre 1944, cette fois-ci devant des policiers qui n'avaient plus aucune ressemblance avec les collabos d'antan ni leurs amis nazis lyonnais ! Avant de tenter de se disculper en janvier 1947 avec l'aide d'une maîtresse peu décidée à ce qu'on remonte jusqu'à elle même pour tenter de cerner les responsabilités des uns et des autres dans ce qui reste une véritable mise à mort de Jean MOULIN ! Mais, les nazis vaincus, Lydie BASTIEN avait-elle une autre solution ?

    Arrive ce fameux 21 juin 1943 et le rendez-vous de Caluire chez le docteur Frédéric DUGOUJON ! En tentant de minorer ses responsabilités, HARDY soulignera le nombre anormal de personnes qui, finalement, en plus des participants, savaient qu'une réunion importante devait se tenir sous la présidence de Max : de GRAAF, de BENOUVILLE, la fille du colonel LACAZE, un capitaine de gendarmerie, un intendant militaire, le colonel GARNIER... S'il est vrai que des fautes et des indiscrétions ont été commises, il n'en reste pas moins que la réunion de Caluire était devenue de ce fait exceptionnellement vulnérable. Lorsqu'HARDY arrivera au rendez-vous devant la ficelle en compagnie d'AUBRY qui lui avait demandé de l'accompagner pour que les intérêts du mouvement Combat soient mieux défendus, LASSAGNE se montrera du reste surpris de l'y trouver. D'autant qu'après l'arrestation de DELESTRAINT, Jean MOULIN avait intimé l'ordre à ses complices de n'accepter aucun rendez-vous avec HARDY, se défiant déjà de lui. Reste l'histoire des menottes que l'ancien responsable cheminot expliquera en précisant pour se disculper lors de ses procès que les nazis n'avaient pas eu assez de bracelets en bon état pour tout le monde et qu'il avait donc hérité pour sa part d'une chaînette d'accompagnement ou cabriolet dont il parviendra à se défaire. Allons donc ! Encore que son histoire de fuite réussie, un véritable simulacre d'évasion et de balles qui ne l'atteindront pas, reste peu vraisemblable !  

    René Hardy, le "vendu amoureux"

    On retrouvera en septembre 1944 à Marseille un rapport Flora rédigé le 19 juillet 1943 qui précisera que c'est grâce à l'arrestation de HARDY-Didot opérée le 9 juin 1943 dans le train Lyon-Paris que les arrestations de Caluire ont pu intervenir. Même rédigé par un certain Ernst DUNKER-DELAGE, un ancien voleur et proxénète allemand, en  incriminant HARDY, il finira par le rendre suspect aux yeux de ceux qui croyaient encore à lui malgré ce qui s'était passé à Caluire et cette fuite pour le moins assez rocambolesque. Car, pour qu'il ait réussi ce 21 juin-là à prendre la poudre d'escampette sans que les sbires de BARBIE ne parviennent à faire mouche avec leurs revolvers... Poursuivi à deux reprises, en 1947 et en 1950, cet homme orgueilleux et fier aura cependant la chance d'avoir été défendu devant les tribunaux par une figure du barreau, savoir Maurice GARÇON (photo ci-contre) et celle que l'on ait pris la décision d'éliminer avant la tenue de son procès d'autres agents de la Gestapo singulièrement compromis comme le traître Jean MULTON fusillé au Fort de Montrouge. Notons néanmoins que le second procès de 1950 devait condamner René HARDY soupçonné d'avoir, là encore, livré aux Allemands les données du "plan vert" qui devait permettre à la Résistance de saboter des lignes de chemin de fer juste avant le débarquement. Deux mois après ce procès, l'homme de plus en plus mal dans sa peau reconnaîtra même avoir menti aux juges et il produira de nouveaux aveux après avoir été arrêté une fois de plus ! Mais il est vrai qu'il avait bénéficié en 1947 d'une incroyable clémence des juges liée au fait que l'on considérera qu'il avait agi par égarement et non par réelle volonté de collaborer avec les nazis. On notera cependant qu'appartenant au mouvement Combat il n'était, lui aussi, pas très favorable au fait que des ordres puissent être donnés à la Résistance de Londres, ni au fait d'être sous l'autorité de Charles DELESTRAINT au sein de l'Armée Secrète. Alors que celui-ci en avait fait son second !

    Affaire Jean Moulin : René Hardy, le "traître amoureux" de juin 1943

    En 1950, lors du second procès, le couperet sera à deux doigts de tomber puisque quatre voix parmi ceux qui devaient le juger le déclareront coupable alors qu'il en aurait fallu cinq pour le condamner. Il est également indéniable que si le premier procès avait eu lieu en 1945 et non deux ans plus tard, HARDY aurait risqué gros et qu'il aurait eu droit à... douze balles dans la peau ! Il n'en reste pas moins qu'à l'initiative de certains résistants appartenant en majorité au Parti Communiste, une sorte de contre-procès se tiendra salle Wagram à Paris sous l'autorité de Laure MOULIN, la soeur de Jean, et un châtiment exemplaire y sera demandé à l'encontre de René HARDY. On dit que Lucie AUBRAC elle-même convaincue de la culpabilité de HARDY, aurait tenté de l'empoisonner peu de temps après son arrestation en 1943. 

    Mais aujourd'hui, plus de quatre-vingt ans après les faits, que croire au bout du compte, tant les avis de ceux qui survivront longtemps divergent sur René HARDY et un homme marqué enfant par un père alcoolique, qui aura néanmoins pu achever une existence sans être trop tourmenté en devenant écrivain et scénariste pour le film Triple cross ? Oui, qui croire puisque Klaus BARBIE avait quelques comptes à régler avec tous ces anciens opposants. Le docteur DUGOUJON interrogé au moment du procès BARBIE (extrait vidéo ci-dessous) refusera quant à lui de prendre position quant à la culpabilité éventuelle de René HARDY préférant s'en tenir à la décision de relaxe prise par les tribunaux en 1947 et 1950. Le récit de ces arrestations, tel qu'il a été fait à un journaliste brésilien par le "Boucher de Lyon" n'est au surplus qu'une accumulation de détails manifestement inexacts et de contre-vérités flagrantes ! Notamment quand le responsable nazi prétend que HARDY aurait tenu à aller en personne à Paris pour y organiser l'arrestation de DELESTRAINT, qu'il se serait rendu auprès du second du général, et qu'il se serait fait décrire minutieusement un général qu'il ne connaissait pas... ce qui n'est pas exact. Alors qu'HARDY était, le 9 juin, à la prison de Chalon ! De plus, il connaissait parfaitement Charles DELESTRAINT ! Enfin, et c'est l'un des points essentiels de cette affaire, tout permet de penser que l'ancien responsable cheminot n'avait pas encore eu l'occasion de rencontrer BARBIE le 9 juin, bien que celui-ci ait prétendu s'être trouvé à Chalon, dans la nuit du 7 au 8 juin pour l'attendre. Comprenne qui pourra !

    Après la guerre, HARDY deviendra un écrivain et un scénariste. Le plaidoyer de son avocat, Maurice GARÇON, puis l'adaptation pour le grand écran d'un film contribueront à sa notoriété littéraire. Il décédera en 1987 en étant cependant assez démuni à l'inverse de tous ses autres compagnons d'armes et ses dernières réflexions montrent que l'homme avait compris bien des choses. Il dira en effet, peu avant sa mort: « Les femmes et les putains furent mon problème : savoir les distinguer, c'est une épreuve, quoi qu'on en dise, fort difficile ». Parlait-il de son amour passionné et déraisonnable pour une Lydie BASTIEN, son "petit lapin bleu" qui n'était en fait qu'une misérable pute et qu'il ne reverra plus après le second procès de 1950 ? 

      

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  • Ernst Rohm, prétendu rival de l'ombre du Führer...

    Avec seulement 37% des voix des électeurs allemands en 1932, les choses étaient claires pour Adolf HITLER. Nommé chancelier quelques mois plus tard, il allait lui falloir désormais convaincre la droite conservatrice et l'armée qu'il était le seul recours. Mais cette dernière, était-elle prête à s'allier à ceux qu'elle avait longtemps combattus et aux S.A d'Ernst ROHM qui avaient en projet d'absorber la Reichswehr, ce qui pouvait faire peur. Ce même capitaine ROHM (ci-contre) qui, ne l'oublions pas, avait recruté HITLER en 1919 pour en faire ce qu'il est ensuite devenu à la tête d'un parti ouvrier de soixante membres appelé à très vite devenir le NSDAP, ce parti nazi symbolisé par un triste svastika. Et cela bien qu'il ait été plus proche des Communistes que des milieux bourgeois sur lesquels son ami Adolf comptait s'appuyer pour prendre le pouvoir.

    Nous préciserons que ROHM avait un certain passé militaire puisqu'il avait rejoint l'Académie Militaire de Bavière en 1907 dont il était sorti 96ème sur 124 en 1908 avant de servir dans l'armée allemande en qualité de lieutenant. Blessé à plusieurs reprises sur le front français, cet engagement lui vaudra d'être décoré de la croix de fer et d'être promu capitaine en 1917. Devenu membre de la Reichswehr, convaincu lui aussi que la défaite allemande était à rapprocher de responsabilités attribuées aux Juifs, c'est en 1920 qu'il rencontrera Adolf HITLER. Un Führer qu'il suivra même comme son ombre puisqu'à Munich, il demeurait à son retour de Bolivie 36 Regentenplatz le futur maître de l'Allemagne. Mais, en 1928, lassé par un campagne diffamatoire touchant à sa personnalité et notamment au fait qu'il soit un homosexuel, ROHM avait quitté un temps l'Allemagne pour devenir instructeur militaire en Bolivie. HITLER le rappellera en 1930 pour reprendre en mains les S.A.

    On sait aujourd'hui ce qu'il en a été des cogitations de l'agité moustachu de Linz dès son arrivée au pouvoir de janvier 1933 et ses premiers mois passés à la Chancellerie. Si ce rapprochement de l'armée avec les S.A avait pu s'opérer, cela n'aurait-il pas été dangereux pour HITLER, ROHM de retour de Bolivie où il avait été un temps instructeur, ayant des visées ambitieuses et notamment celles de devenir le futur chef de l'armée du Troisième Reich, lui qui ne cachait pas, non plus, ses tendances homosexuelles et que l'on prenait souvent pour un être dépravé et un porc, aussi bien en Allemagne qu'à l'extérieur du pays ? A tel point que les caricaturistes s'en donnaient parfois à coeur joie comme le montre ci-dessous l'une de ces reproductions publiées par Edmund GOLDSCHAAG dans le Münchener Post, un journal opposant à HITLER qui avait subi les foudres nazies dès l'arrivée au pouvoir du dictateur ! Au printemps 1933, ROHM était d'ailleurs mécontent car il avait cru pouvoir obtenir un poste de ministre et il avait craint que la révolution nationale-socialiste n'ait été détournée de son véritable sens. Il était en outre établi que le responsable des Sturm Abteilung (S.A) aurait aimé faire davantage prévaloir l'importance de mesures sociales lesquelles, si elles avaient été adoptées, aurait privé HITLER du soutien du Patronat allemand.

    Ce serait donc pour anéantir toute velléité d'indépendance de ROHM et de ses S.A que le dictateur avait voulu leur mort. Comme l'écrit Hermann RAUSCHNING dans son "Hitler m'a dit", en dehors de sa dépravation, ROHM avait d'incontestables qualités et c'était sans doute ça qui faisait peur à l'entourage du nouveau Führer et à HITLER lui-même. Il était liant, sympathique, serviable, avait des dons remarquables d'organisateur et d'animateur. Seulement il souffrait du dédain hautain que lui faisaient sentir les militaires de carrière et il reprochait au nouveau maître de l'Allemagne de ne plus fréquenter que des réactionnaires. Il ne voulait pas d'un replâtrage de la vieille armée impériale, estimant que les généraux de la Reichswehr étaient de vieilles badernes et qu'ils ruineraient l'âme même du mouvement qu'il avait soutenu. 

    Ernst Rohm, le prétendu rival de l'ombre...Fabriquée de toutes pièces par les éminences nazies qu'étaient Heinrich HIMMLER et Reinhardt HEYDRICH agissant sur la recommandation de GOERING et GOEBBELS, c'est une menace de complot imaginaire qui sera finalement à l'origine de ce qui a pris, depuis, le nom de "Nuit des Longs Couteaux", une expression tirée de l'une des chansons entonnées par les Sections d'Assaut de ROHM et destinée à mettre en garde leurs ennemis. Des longs couteaux dont on se servait aussi, selon certains nazis, pour égorger les porcs ! Sans que ROHM soit devenu un rival dangereux pour le nouveau maître de l'Allemagne, un an après l'arrivée au pouvoir de ce dernier, c'est plutôt le dégoût que les S.A inspiraient à beaucoup qui leur sera fatal. Autant que cette mauvaise image de ROHM évoquée précédemment. Pendant la nuit du 30 juin 1934, seront arrêtés et tués une grande partie des dirigeants S.A ainsi que certains des autres opposants à Adolf HITLER parmi lesquels le premier dirigeant du NSDAP Gregor STRASSER et l'éphémère chancelier von SCHLEICHER. Emprisonné à la prison munichoise de Stadelheim, Ernst ROHM sera pour sa part assassiné à coups de revolver le 2 juillet suivant par le SS EICKE après avoir été sommé de se suicider, ce qu'il refusera. Alexandre ADLER revient sur cette année 1934 qui aura sonné le glas des espérances de ceux qui pensaient encore pouvoir museler le pouvoir du futur dictateur nazi et plus d'un millier de personnes considérées gênantes par le nouveau pouvoir disparaîtront violemment au cours de cette nuit du 30 juin au 1er juillet 1934.

    On ignore où Ernst ROHM a été enterré et on ne retrouvera jamais ses restes.

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